Témoignage de Max

Témoignage de Max

Bonjour,
Avant tout une pensée pour Pierre Rabhi, il nous faudra bien répondre à notre VÉRITABLE VOCATIONS qui n’est pas de produire et de consommer sans fin, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie, sous toutes ses formes. Merci, Merci, Merci, Pierre.

À Madagascar, le problème majeur du Grand Sud, est le manque d’eau, d’où la sous nutrition élevée et la forte insécurité alimentaire ( Amboasary, Ambovombe, Ampanitry, Betioky, Betroka) où les populations sont vulnérables surtout les femmes enceintes où les Allaitantes, les enfants de moins de 5 ans, dans les zones les plus reculées peu couvertes par les centres de santés. Depuis 2013, l’organisation « Actions contre la faim » a contribué à la structuration et la mise en place des organisations de la société civile autour de la nutrition (Plate forme HINA), et des ONG Malgaches de 2020 à 2024. Elle a mis en œuvre un programme intégré d’appuis à l’agriculture visant à améliorer la sécurité Nutritionnelle des ménages ruraux.

Il y a surtout un problème d’éducation et certains villages ont des tabous qui mettent les populations en danger de famine, je pense au tabou du manioc qu’il est interdit de faire sécher pour le conserver, au tabou d’arrosage interdiction de faire des canaux d’irrigation pour développer des rizières… je crois que l’éducation est la seule possibilité pour ces populations de pouvoir un jour sortir de la misère, c’est pourquoi je suis en complet accord avec la démarche de l’Association Zanaky-Lokaro.

MAX POUJOL,
Trésorier à l’Alliance Française à Fort Dauphin

Témoignages de nos instituteurs sur la vie en temps de pandémie

Nous avons demandé à nos instituteurs de nous parler de leur situation aujourd’hui face à la pandémie à Madagascar et à l’école Z-L… Voici l’intégralité de leur témoignage.

Narcisse : En mars 2020, les cas de coronavirus ont été découverts sur notre Ile de Madagascar, et notre chef d’État a déclaré officiellement que le Covid avait attaqué notre pays et le peuple malgache. Notre gouvernement a donc pris la décision d’une mise en quarantaine des porteurs du virus pour éviter la contamination. Ce sont surtout les provinces d’Antananarivo et Toamasina qui ont été très touchées mais cela a provoqué des conséquences très grave par répercutions dans tout notre pays ; Maintenant tous les peuples de Malagazy souffrent et des vies sont menacées à cause de ces crises que la maladie a provoquées, économique, sociale et aussi industrielle. Tous les investissements pour financer les projets sont arrêtés et des entreprises ont déjà quitté notre pays ce qui provoque du chômage pour le peuple malagasy. Le gouvernement a mis des moyens pour aider le peuple, par exemple, ils ont envoyé des docteurs pour soigner et ils ont distribué des objets pour que le peuple regagne une vie normale mais ça ne résout pas la crise.
Le gouvernement Malagasy essaye de résoudre le problème en cherchant le remède pour soigner le coronavirus avec le savoir et l’expérience de nos ancêtres selon le « Raokandro Malagasy » les plantes médicinales qu’on cultive ici à Madagascar.
Voilà tout ce que je voulais dire pour Madagascar.
Pour notre région de Fort Dauphin depuis le 19 mars la pandémie du Covid a perturbé beaucoup de choses et a ainsi rendu la vie difficile surtout dans le quotidien. Cette maladie provoque les crises sociale, économique et industriel parce que tous les prix des denrées nécessaires ont augmenté par deux ou trois fois plus que le prix normal comme le riz, l’huile, la farine…
En brousse depuis le commencement du confinement jusqu’à maintenant toutes les communications sont fermés, voies maritimes, voies terrestres… pour apporter tout ce qui est nécessaire. Et puis beaucoup de projets sont arrêtés et le taux de chômage augmente de plus en plus. Donc la crise éclate très fort pour les gens de Fort Dauphin.
Remerciement pour vous tous.

Narcisse


Filiastre : La pandémie COVID-19 à Madagascar et à Fort-dauphin provoque une énorme perte humaine et économique pour chaque personne à cause des confinements successifs. Le gouvernement Malgache et le CCO (Centre de Commandement Opérationnel) ont pris des mesures pour le bien de tous dès le début du confinement le 23 Mars 2020 : (cache bouche obligatoire en dehors de la maison, distanciation d’1m, éviter le contact, lavage des mains avec du savon après les W.C et avant de manger… Des barrages sanitaires, désinfection de voiture, de route, de la maison et la limitation de nombre des passagers) tout ça s’est fait dès le début du confinement total.
Des mesures aussi ont été prises au niveau de l’école pour assurer la rentrée scolaire masque/distanciation/hygiène/propreté. Nous avons mis un bidon avec robinet pour laver fréquemment les mains dans notre établissement.
Les mesures que nous avons prises à l’école sont insuffisantes car la situation des parents d’élèves est tellement difficiles à cause de la pauvreté. Mais on s’adapte pour mieux vivre.
(…) Vous savez la vie de la population se dégrade tout le temps et est difficile. Beaucoup de familles subissent des difficultés économiques. Elles ont perdu leurs emplois, les femmes de ménage qui vivent des jours de souffrances. Les transporteurs (bus, camions, taxi, tuc-tuc) n’ont pas pu faire correctement leurs métiers. Ils sont restés au chômage pendant plusieurs mois.
Par conséquent, tout le monde souffre, se révolte, est mécontents et tellement déçu de leur vie sur terre. Les frais de déplacement s’augmentent (le double du prix avant), le prix des PPN (Produits de Premiers Nécessités) est instable. Il y avait un moment ou le prix du riz est arrivé jusqu’à 150 000 Ariary le sac c’est-à-dire entre 1000 et 1200 ariary le gobelet (Kapok). Sans parler des vols, des cambriolages et pour finir les victimes du coronavirus qui a fait presque 10 morts au moins ici à Fort-dauphin.

Je tiens à vous dire merci pour votre collaboration et votre aide précieuse pour nous.

Filiastre

Tsygasy : Bonjour à tous chers amis c’est un grand plaisir pour moi de vous écrire cet article sur le Covid 19.
Je vais raconter petit à petit ce qui s’est passé à Madagascar depuis le début de la pandémie.
Le COVID-19 est une maladie qui a causé un grand problème dans tout le pays et surtout ici à Fort Dauphin. Il y a une crise économique, sociale et industrielle.
Par exemple la crise économique : Augmentation du prix des aliments et surtout du sac du riz qui coûte 150 000 Ariary et le gobelets de riz coûte entre 1000 et 1200 ariary.
Crise sociale : les travailleurs ne travaille pas à cause de cette maladie et l’école est fermé aussi pendant plusieurs temps.
Crise industrielle : plus de transport vers à la campagne ni vers la ville tous les gens sont confiné ils ne peuvent pas aller au travail la circulation a été interdite pour éviter la propagation de la maladie.
Voilà tout ce qui s’est passé chez nous pendant le COVID-19 soyez en bonne santé pour vous.

Tsygasy

Pédagogie du coloriage

Pédagogie du coloriage

Les objectifs :

  • la tenue de l’outil scripteur (le crayon)
  • le respect de la limite du trait
  • l’harmonie des couleurs
  • la détente et la libération des tensions
  • la concentration

LA PROGRESSION

T1

L’enfant qui arrive à l’école la première année n’a pas suffisamment de force et d’adresse dans les doigts et dans les mains pour tenir correctement son crayon. Il est donc nécessaire de passer par un apprentissage de la tenue correcte du crayon :

  • sans tension mais avec souplesse
  • utiliser les bons doigts pour la tenue du crayon
  • la main ne doit pas être cassée au niveau du poignet
  • le corps doit rester souple

1 – Le travail sur l’ardoise est prioritaire. La tenue de la craie ne demande pas d’effort particulier ni de geste précis. C’est important que l’enfant puisse laisser une trace écrite sur son ardoise pour se sentir créateur. Les séances au crayon doivent être limitées dans les premiers mois de classe.

Le coloriage ne peut pas être tout de suite introduit.

2 -Commencer par le dessin libre sur demi-feuille A4 (afin de ne pas gaspiller de papier). On peut utiliser les crayons de couleur ou les feutres (alterner les outils). Pas de consigne particulière si ce n’est de « conseiller » d’utiliser tout l’espace de la feuille.

3 -Lorsque l’enfant est prêt (chaque enfant évolue à un rythme différent) lui proposer un coloriage avec des espaces larges à remplir. (les mandalas ne sont pas appropriés dans cette phase d’apprentissage) il faut prévoir des coloriages plus simples.

Il n’est pas nécessaire d’avoir un « modèle » : chaque enfant est libre d’utiliser les couleurs qui lui conviennent.

4 – Dans le courant de l’année il sera progressivement possible de donner quelques consignes plus précises sur la réalisation du coloriage :

  • respecter le trait sans dépasser
  • utiliser certaines couleurs

Il est important aussi de considérer qu’un coloriage doit être terminé… si une seule séance ne suffit pas il sera utile de reprendre le même une autre fois pour que l’enfant comprenne que c’est très important que le travail soit fait jusqu’au bout et éviter le gaspillage.

5 – Pour ceux qui ont une plus grande facilité de précision introduire les « mandalas » avec la seule consigne de ne pas déborder du trait.

(la progression présentée ne correspond pas avec le découpage des trimestres ou autre… c’est l’enseignant qui sent quand il est possible de passer d’une étape à l’autre et pas forcément en même temps pour tous les enfants)

 

T2

L’enfant sait maintenant tenir son crayon correctement et il a déjà utilisé différents outils (crayon – stylo – crayon de couleur – pinceau….) on peut donc présenter la séance de coloriage avec quelques consignes. Selon les enfants il sera peut-être nécessaire d’avoir encore à disposition quelques coloriages simples avec des espaces larges à remplir. Sinon les mandalas peuvent être utilisés mais il faut commencer par ceux qui offrent de larges espaces de coloriage pour cette classe d’âge.

1 – Pas de consigne laisser libre cours à ce que l’enfant veut produire (la seule exigence étant que le coloriage soit terminé….)

2 – Lorsque l’enfant est prêt (c’est à dire lorsqu’il respecte la limite du trait sans dépasser) on peut donner quelques consignes supplémentaires : utiliser 2 couleurs ou 3 couleurs au choix mais uniquement celles-là.

3 – Puis faire prendre conscience du dessin qui est représenté : c’est un cercle (la plupart du temps) avec un centre qui va vers la limite de la circonférence… La consigne peut être de travailler sur le dessin qu’on retrouve plusieurs fois dans l’espace de la même couleur.

Ces séances doivent être accompagnées par le maître afin que le travail soit bien fait.

 

T3

L’enfant aime de plus en plus ces séances de coloriage : il y prend plaisir et il sait produire un beau travail.

1 – Il peut travailler seul par exemple lorsqu’il a fini son travail avant les autres élèves de la classe.

2 – On peut varier les consignes : commencer le coloriage par le « coeur » du mandala (le centre) et aller vers l’extérieur ou l’inverse : commencer par l’extérieur pour aller vers le centre.

3 – Il sera peut-être utile de faire une séance collective avec le même mandala pour tous. Le maître montre alors l’évolution du travail depuis le centre vers l’extérieur puis de l’extérieur vers le centre

 

T4/T5

Le coloriage n’a plus de difficulté particulière pour les enfants de T4/T5.

Le maître peut utiliser le mandala avec les élèves pour varier la prise de conscience de

  • l’ouverture : on va du centre vers l’extérieur et chaque « niveau » de circonférence du dessin est colorié avec une seule et même couleur.
  • le retour à soi : on va de l’extérieur vers le centre et chaque « niveau » de circonférence du dessin est colorié avec une seule et même couleur.
  • Le dessin représente des « rayons » les colorier tous sur le même modèle avec les mêmes couleurs.

DANS TOUS LES CAS IL EST TOUJOURS IMPORTANT QUE LE TRAVAIL SOIT TERMINE ET NE PAS DONNER DE NOUVEAU COLORIAGE TANT QUE LE PRECEDENT N’EST PAS COMPLETEMENT FINI.

LE COLORIAGE SE FAIT AVEC DES CRAYONS DE COULEUR.

La progression présentée ici peut être complétée et améliorée par chacun de vous.

Chacun de vous doit connaître la progression dans son ensemble depuis la classe de T1 car certains enfants ont plus de difficultés que d’autres. Cette progression est donc à adapter à chaque enfant.

Il est essentiel aussi que cette séance de coloriage soit accompagnée par le maître.

Nous constatons que la pédagogie que vous pratiquez à l’école malagasy produit des enfants qui ont une très bonne mémoire. Par contre nous constatons aussi un « déficit » de réflexion personnelle.

Il serait bon d’introduire dans vos enseignements des techniques d’apprentissage à la réflexion personnelle. Votre pédagogie leur demande toujours de reproduire quelque chose qui ne laisse pas de libre choix de réponse. Hors il est « urgent » que les jeunes générations puissent donner leur avis sur l’avenir ! Si vous avez besoin de « conseils » nous pouvons en reparler.

BON TRAVAIL

ANNE-MARIE MIGNET

L’arbre du voyageur – LE RAVENALA

L’arbre du voyageur – LE RAVENALA

Tout le monde connaît l’arbre du voyageur arbre mythique de Madagascar où il se rencontre pratiquement partout.

Il aime les sols humides. Ses feuilles sont un réservoir d’eau (d’où son nom d’arbre du voyageur).

Toutes les parties de l’arbre sont utiles pour la construction des maisons traditionnelles.

La feuille : la partie feuillue pliée en deux sert à la couverture, c’est le raty. Le reste de la tige enfilé sur une tige de bois sert de murs extérieurs ou intérieurs, c’est le falafa.

Le tronc déroulé et écrasé sert également de murs extérieurs et pour les sols, c’est le vakaky.

Nous avons choisi de construire l’école en construction traditionnelle :

  •  c’est la plus belle manière de l’intégrer dans le paysage ;
  • toute la construction et l’entretien peuvent être faits par les villageois eux-mêmes ;
  • le vakaky qui constitue les murs extérieurs a une durée de vie de 10 à 15 ans et ne nécessite aucun entretien particulier ;
  • le raty de la toiture a une durée de vie d’une dizaine d’années alors que les tôles (en bord de mer) sont rouillées en quelques années.

Lokaro-ecole2.jpg

Nous observons dans la région différentes écoles construites « en dur » avec toiture en tôle dont l’entretien ne peut pas être fait par les villageois parce qu’il nécessite des matériaux qui doivent être achetés.

Notre école est issue de l’arbre du voyageur abondant dans la région : il suffit d’aller récolter.

Les murs sont en vakaky à l’extérieur et doublés de falafa à l’intérieur.

La toiture est en raty.

Nous avons fait une concession à la modernité avec un plancher en bois d’eucalyptus. La charpente est également en eucalyptus issu de plantations locales.

Autour de l’enfant malgache

Autour de l’enfant malgache

AUTOUR DE L’ENFANT MALGACHE

In passeport pour Madagascar Janvier-Février 2012

La population malagasy croit en l’existence d’esprits invisibles qui rôdent autour des vivants et on leur attribue le pouvoir de les terroriser ou de les rendre malades. Ces esprits se manifesteraient surtout dans l’obscurité et dans la nuit et choisiraient comme proie les enfants, surtout les bébés, êtres fragiles sans défense et influençables. On croit que les pleurs nocturnes et prolongés des jeunes enfants que les bercements ne parviennent pas à calmer sont dus à leur présence silencieuse et invisible. A cause de la crainte qu’on éprouve à leur égard on évite, autant que possible, de sortir les bébés le soir mais si, dans certaines situations inévitables, cela devait se produire, on prend alors la précaution de brûler un objet dégageant une odeur nauséabonde comme des mèches de cheveux ou un bout de caoutchouc ou en corne avant qu’on ne leur fasse franchir le seuil de la maison, car l’odeur en question aurait la vertu de chasser les esprits malveillants.

Eviter de qualifier un enfant de beau, de mignon, serait la meilleure précaution à prendre pour que les esprits rôdeurs se détournent de lui et cherchent d’autres proies ailleurs. C’est toujours dans le but de le protéger que serait née la coutume qui veut qu’on lui donne un vilain nom qui est celui d’un animal (chien, rat, maki, chat sauvage, hibou, sanglier, etc…) ou un nom scatologique (excrément, ordure). Ce nom aurait alors le pouvoir d’éloigner de l’enfant ses assaillants invisibles. Citons à titre d’exemple, le nom Imboasalama (le chien en bonne santé) donné pendant son enfance au futur roi Andrianampoinimerina qui, avec sa sœur Ralesoka, était le rescapé d’une fratrie de six enfants, les autres étant décédés en bas âge, car on espérait qu’avec cette parade la mort l’ignorerait.

Autrefois était considéré comme tabou le fait de parer un enfant avec un bijou en or car ce métal précieux, croyait-on, serait très apprécié par les esprits malfaisants qui s’en prendraient alors à celui qui le porte et l’emmèneraient avec eux. On veillait au contraire à ce que l’enfant soit toujours dans un état de saleté repoussante, en le laissant se couvrir de poussière et avec un nez qui coule abondamment, bref de quoi susciter du dégoût paraît-il, chez les esprits qui le verraient. Chez certaines populations de Madagascar, on renforçait ce dispositif de protection de l’enfant en lui badigeonnant la figure avec une pâte de boue blanche et du charbon pour qu’il ait une apparence hideuse, ce qui lui sauverait la vie.

Il existe un autre moyen de protection contre ces esprits indésirables : le feu. En effet, d’après les croyances populaires, les flammes les chasseraient facilement et ce serait la raison pour laquelle, au retour d’un enterrement, on allume un feu devant le seuil de la maison et par-dessus lequel tout le monde, adultes et enfants, doivent sauter avant de pénétrer à l’intérieur. Voilà quelques croyances populaires qui sont toujours vivantes jusqu’à nos jours.

L’ENFANT DE MADAGASCAR

Aussi étrange que cela puisse paraître, un enfant porte, dès sa naissance, un grand poids sur ses petites épaules, car dès qu’il pousse ses premiers vagissements en se retrouvant à l’air libre, il est déjà investi de toutes sortes d’obligations envers sa famille et la société. L’arrivée d’un nouveau-né dans une famille n’est pas un fait anodin car elle répond d’abord à un besoin fondamental : celui de la garantie de la pérennité de la lignée, chose très importante chez les Malagasy car l’extinction de celle-ci est une idée que beaucoup jugent insupportable. Suivant son sexe, l’enfant est prédestiné à remplir un rôle précis : un garçon sera l’héritier, le successeur, le remplaçant de son père en cas de disparition de ce dernier, le soutien de sa famille, le rempart de ses sœurs, le gardien du patrimoine familial, le travailleur de la terre, le recours de ses sœurs en difficulté dans leurs ménages, le soldat défenseur de sa patrie, l’incarnation du devoir à accomplir. Une fille sera l’auxiliaire de sa mère dans les tâches ménagères, celle qui va ramasser du bois, qui cherchera de l’eau à la fontaine, qui pilera le riz. Ces futures attributions de l’enfant sont évoquées dans la formule de félicitations adressées à une nouvelle accouchée : « Félicitations car vous avez maintenant un laboureur, si c’est un garçon, ou une chercheuse d’eau, si c’est une fille ».

Quand l’enfant a cinq mois et commence à s’asseoir, ses parents* le portent sur le dos pour le bercer ou pendant leur

Déplacement, un mode de portage généralisé dans tout Madagascar et qu’on appelle « babena » (porter sur le dos). Cette obligation des parents envers leur progéniture dure jusqu’à ce que l’enfant marche et une fois, devenu adulte, ce dernier revaut à ses parents leur fatigue de l’avoir porté sur leur dos, en leur témoignant sa reconnaissance, un acte dénommé « valim-babena » (littéralement la réplique au fait qu’ils l’aient porté sur le dos).

C’est pendant son enfance que l’enfant apprendra les règles de la société en imitant ce que font les adultes : respect de ceux qui ont les cheveux blancs et des plus âgés que lui (qu’ils soient de sa famille ou non), interdiction de s’asseoir, de manger ou de boire avant les parents ou les aînés, de prendre la parole avant eux, de toucher au croupion de volaille, portion qui leur est réservée, de les laisser porter un fardeau quelconque, de marcher devant eux, des les dépasser au cours d’une marche sans l’annoncer, etc… Voilà quelques aperçus des obligations d’un enfant de Madagascar envers ses parents, sa famille, la société et jusqu’à maintenant, elles sont pour la plupart respectées.

Extrait de « Passeport pour Madagascar – janvier/février 2012 » sans auteur

* je n’ai personnellement jamais vu d’enfant porté dans le dos par le père ! Il serait plus juste d’écrire « sa mère le porte sur le dos… » (Anne-Marie)

Le culte des ancêtres aujourd’hui dans le sud malgache (Anosy)

Le culte des ancêtres aujourd’hui dans le sud malgache (Anosy)

(D’après mon observation et ma connaissance certainement très parcellaire)
Par Anne-Marie Mignet

Dès qu’une personne décède elle accède au statut d’ancêtre. L’ancêtre est donc forcément une personne défunte (je ne sais pas si les enfants morts ont aussi le statut d’ancêtre). Le culte est basé sur une croyance d’une vie après la mort. L’esprit de l’ancêtre est toujours présent dans la vie des vivants et il est plus puissant que lorsque la personne était vivante. Les vivants qui restent sont dans le souci de ne pas mécontenter cet esprit qui pourrait se manifester par des maladies ou même la mort.

Les malgaches ont un dieu (Zanahary) qui semble être bien moins important que les esprits des ancêtres. En tout cas ils en font moins de cas. Lors de la sépulture les fastes servent à satisfaire l’esprit du mort qui sinon risquerait d’être mécontent et de venir réclamer son dû.

Deux points importants pour la sépulture donc :

  • Que le défunt soit enterré sur la terre de ses ancêtres qui l’ont précédé
  • Qu’un animal soit sacrifié. Tous les parents et amis sont conviés à venir fêter l’événement.

Peu de gens ont les moyens de ces festivités et ils s’endettent pour que le défunt reçoive tous les honneurs. Si plusieurs décès ont lieu dans la même famille à des dates rapprochées l’avenir de tous est compromis. La pauvreté devient rapidement de la misère lorsque l’on sait que l’usure est encore une pratique courante là-bas.

Le culte des ancêtres tel qu’il est pratiqué actuellement est un culte de la peur. La peur que l’esprit de l’ancêtre vienne se venger s’il n’est pas satisfait. Si des soucis de santé ou autre surviennent c’est l’ancêtre qui est mécontent. La pauvreté ne permettant pas de faire des sacrifices d’animaux à chaque épreuve rencontrée, il s’ensuit un fatalisme devant l’épreuve. La maladie est toujours vécue comme la manifestation d’un ancêtre qui s’exprime. Les amulettes et les gri-gri sont presque universellement portés par les enfants.

Il fut une époque où les anciens étaient des sages et les valeurs qu’ils portaient tout au long de leur vie étaient sous le signe de la bienveillance envers tous. Son esprit au-delà de la mort portait donc ces valeurs de bienveillance et ceux qui lui survivaient étaient sereins. Avec l’appauvrissement matériel, toutes les valeurs humaines traditionnelles sont disparues et les anciens ne sont plus des sages, ils ne sont plus des exemples pour les jeunes. D’où la disparition de cette bienveillance et l’entrée dans la peur. Si le vieux qui est parti était un voleur et un menteur, s’il abusait de sa position d’ancien pour imposer aux jeunes une loi injuste, on craint qu’il ne continue à sévir après sa mort.

Il est important de rappeler que cette société traditionnelle est fortement basé sur le respect des anciens. Ce respect se manifeste par un despotisme : les jeunes n’ont pas le droit à la parole et c’est l’ancien qui décide de tout. Il induit une obéissance sans faille aux anciens quelle que soit la proposition : c’est toujours le plus vieux qui a raison !

Les vieux déplorent que le respect des anciens n’ait plus court. Les jeunes ne respectent plus les vieux : c’est-à-dire qu’ils n’obéissent plus aveuglément. Si les vieux ne sont plus des sages, si leurs propositions sont injustes, les jeunes n’obéissent plus. Les vieux ont tendance à condamner les jeunes qui n’obéissent plus mais peut-on obéir à un tricheur ?

Cela me paraît plutôt évolutionnaire et nous pourrions assister à un retour des vraies valeurs humaines si la jeunesse arrive à braver cette tradition fortement ancrée de « respect de l’ancien ». C’est un début de détachement de la peur de l’ancêtre qui pourrait bien modifier la tradition du culte.