MISSION D'ACCOMPAGNEMENT DE MARS 2013

Carnet de bord journalier par Marc Platret

MARDI 5 MARS : nous roulions depuis une heure et il restait plus de la moitié du chemin à faire, une piste plutôt chaotique ; levés à 5 heures ce matin, il a fallu charger les sacs de voyage sur le toit du NISSAN (4×4) et toutes les marchandises sur la plateforme arrière : patates, lentilles, sel, farine, gaz, bananes, concombres etc. etc…..il ne fallait rien oublier nous partions 20 jours et au village de LOKARO,il n’y a rien à acheter pour vivre à sept personnes.

A FORT DAUPHIN, la veille du départ, chacun s’était occuper pour acquérir de quoi manger ; et de quoi travailler avec des clous, du grillage fin et quelques outils.

Le chauffeur conduisait bien ,avec Roselyne et Sylviane (infirmières) assises devant et l’autre Sylviane (Malgache) qui nous servirait d’interprète assise entre Anne-Marie MIGNET et moi-même. Rémi, (époux de Roselyne et homme polyvalent), voyageait dans la benne, en plein air, avec son ami Denis, infirmier, assis sur les sacs de riz et autres marchandises.

Trop de creux et de bosses sur un passage très difficile, nous obligent à tous descendre. Le chauffeur s’en sort bien, et emprunte un peu la plage en fin d’itinéraire. Le village est sur une presqu’ile et c’est en pirogue ‘locale’, avec un peu d’eau au fond, que nous chargeons sacs et tout le reste pour quatre traversées d’environ 80 m.

La chaleur est accablante et chacun plante sa tente. A 21 h nous sommes tous couchés.

MERCREDI 6 MARS : il a plu toute la nuit, mais la journée le soleil sera toujours avec nous, sauf un jour. Pour protéger la nourriture des prédateurs, Rémi et moi construisons un garde-manger dans l’école et le soir même, fruits et légumes sont en sécurité.

Et au diner, Rémi nous cuisine des écrevisses achetées à un pêcheur. La sauce est faite avec un lait de coco, carottes et choux en sauce pour accompagner le riz quotidien.

JEUDI 7 MARS : après beaucoup d’échanges et de suppositions, la décision est prise : nous allons redresser le « HILTON V », petite construction de 3 m sur 4, qui penche, prête à s’écrouler. Avec 3 élèves, nous « déshabillons » le cabanon et construisons une petite échelle pour la circonstance.

VENDREDI 8 MARS : comme chaque matin, chacun prend ses gouttes (huiles essentielles). J’ai choisi l’option 2 gouttes de sarriette dans un cuillérée d’huile … d’olive. Pas de vaccin, pas de « malarone », pas de palu, et même pas piqué par les moustiques. Et la vie est ….spartiate : il ne faut pas oublier le seau et le gobelet en plastique pour aller prendre sa douche. Et surtout, jamais de retour à vide. Au puits, à 150 m, on pompe et on rapporte 1 seau plein. L’eau servira : à la vaisselle et à remplir le récipient filtreur, pour devenir potable.

Aujourd’hui, nous avons rencontré le guérisseur au village voisin (Vatoroka) et les 3 infirmiers (res) ont conversé avec une sage-femme

Samedi 9 mars : avec une grosse échelle, nous servant de « poussoir », et des chevrons utilisés comme leviers, le Hilton fini par être équilibré en vue d’une solide consolidation pour rester d’aplomb. Les bois sont commandés et nous attendons les livraisons des bûcherons locaux. Comme tous les midis, le menu reste identique : riz et grains (soit lentilles, soit haricot, rouges ou blanc) douze enfants squelettiques mangent à la même heure, plus que nous. Ils ont été choisis par les « soignants » pour restaurer leur santé défaillante.

Au tableau noir, le planning pour 15 jours a été établi. Anne Marie, Roselyne, Sylviane et Denis, ont posé l’essentiel de la mission : SANTE pour les enfants.

Rémi et moi, nous nous adaptons en aidant les enfants à la douche, aux repas de midi et aux réparations diverses.

DIMANCHE 10 MARS : sortie en groupe : messe à l’église de Vatoroka pour certains et préparation de crêpes et cacahuètes grillées pour le pique-nique. Balade ensemble jusqu’à ITAPERA et baignage au retour.. Sylviane, (la traductrice) est avec nous et souhaite apprendre à nager.

LUNDI 11 MARS : lever à 6 h. nous commençons la mise en place des contrevents sur le « Hilton »afin de maintenir la structure verticale et indéformable à terme. Angelot, Androle et Gélafin nous aident ce matin, ils mangeront avec nous à midi, ainsi que les 12 autres « à requinquer ». Avec Anne Marie et Rémi, nous servont les enfants. Les 3 autres (infirmiers) sont partis soigner à l’extérieur, avec l’interprète (Sylviane), ils rentreront ce soir. (Le repas sera prêt.)

Et comme à chaque fin de journée, un tour de table, (sans protocole), permet à chacun d’exprimer son ressenti de la journée ; La pauvreté extrême, la saleté, les santés défaillantes des enfants, nous ont plongé dans un autre univers. La qualité des relations entre nous et la grande expérience (25 missions pour Anne-Marie )nous permettent au bout d’une semaine d’aborder les situations plus sereinement. Nous sommes dedans, impliqués, et un peu plus détendus qu’à l’arrivée.

MARDI 12 : Myriam, la Docteur, arrive avec le taxi tout-terrain et Geneviève (l’épouse du directeur) qui fait chanter les élèves. Il y a aussi Manitra, 21 ans, le fils de l’interprète venu découvrir le lieu où sa maman travaille tous les 15 jours sur les plantations.

Il y a de l’animation autour de l’école avec une dizaine d’adultes. Les enfants sont contents. On s’intéresse à eux.

Au menu de ce soir, Roselyne nous a préparé des concombres en salade et des spaghettis sauce tomate (un luxe)

MERCREDI 13 : ce matin, Rémi, Denis et moi-même, nous nous occupons de la douche des garçons. Démonstration et application en plein air sur l’herbe, avec des seaux et des gobelets en plastique. Ils apprécient le shampoing qu’ils voient très rarement et le plaisir de se laver est là. Nous achetons un peu de poisson à un pêcheur passant. Pour 1 euro 50, nous pourrons améliorer le menu du souper. Nous avons aussi la visite des livreurs des « feuillages » pour refaire le toit du Hilton. Ce sont des branches sèches de « l’arbre du voyageur ». Garantie imputrescible.

JEUDI 14 : les 4 bastaings « fait main », en forêt, à la hache (unique outil de coupe), sont livrés. Ils mesurent environ 4 m et la section est à peu près 7 cm X 15 cm. Nous perçons des trous à la « chignole » et assemblons avec des clous (difficile à entrer dans le bois dur) et des tiges filetées Æ 8. Il fait très chaud, nous transpirons ; l’après-midi, Rémi et moi quittons

Le chantier pour une baignade .bien méritée Un arceau de ma tente a été cassé, je répare avec l’aide de mon collègue. Les infirmiers sont partis soigner au village voisin. Au « tour de table » ce soir, nous apprenons que notre collaboratrice interprète a perdu beaucoup (des milliers) d’arbres en pépinière dans une plantation personnelle. Investie dans un projet de reboisement régional, la météo lui a joué un mauvais tour, en inondant (2 m d’eau) la quasi-totalité de ses plants. Nous restons pantois, déconcertés, sans voix !!

MARDI 15 : Anne Marie s’est absentée à Fort-Dauphin : tâches administratives et ravitaillement. Denis retire des « paraches », espèce d’asticots qui s’implantent dans les pieds des enfants. Les 2 infirmières et la traductrice mène une campagne d’infos contre le palu au 3ème village Itapera et insistent sur la nécessité d’avoir un puits ! Pour une meilleure eau alimentaire aux habitants.

Au souper, un luxe : haricots verts et patates ; cela nous change du riz quotidien, collant. Décompression en soirée : « massage bien-être ». Les maux de dos s’estompent. Un peu de détente s’installe. Aujourd’hui j’ai réparé l’escalier des W.C. (toilettes sèches) et Rémi changé la serrure d’une porte de l’école ;A 21h30, tous sommeillent.

SAMEDI 16 : des « beignets » au petit-déjeuner. Nous sommes contents de cette fabrication par Madame Patricia. ( le matin pas de pain, pas de beurre, pas grand-chose en général)

Nous avons reçu, les « pieux », longueur 1,30 m, section 10X12, pour ancrer le « Hilton ». Creuser, clouer, scier,….. Et il fait chaud.

L’après-midi est plus relax. Je donne un cours particulier sur les divisions à Sylvestre (17 ans). Ensuite nous discutons avec les 6 collégiens pour les aider à expédier un courrier à leurs « parrains ».

DIMANCHE 17 : le démarrage est difficile. Echanges et décisions. Nous partons à 10 h. avec le guérisseur, nous découvrons des plantes médicinales au cours de notre promenade en direction d’Itapera. A 11h30, il fait trop chaud. Nous nous asseyons à l’ombre, prenons des notes et admirons le paysage … exceptionnel. Un peu plus tard, la forêt nous accueille pour le pique-nique : concombre (1 tranche), une galette et des cacahuètes. (Sobriété)

Au retour une baignade, nous détend près d’un élevage de crevettes.

LUNDI 18 : exceptionnel petit déjeuner : une tranche de pain d’épices et 3 petits beignets cuits, à l’huile…. dans le cabanon de Mme Patricia, sur le feu de bois à même le sol, sous un petit cabanon- (Moins de 2mX3m) – appelé cuisine. Avant, le feu se faisait à même le sol, dans la case d’habitation. Mais aussi, très souvent les Malgaches cuisinent au charbon de bois sur le « fatapère ». Nous appellerions ça : un mini barbecue, de 40 cm, très mobile et qu’ils maitrisent très bien, en toutes circonstances.

Arrêt de toutes les activités à 16h : une baignade et un peu de repos. Ce soir, nous avons eu : carottes râpées, soupe aux choux et pommes de terre.

MARDI 19 : a 8 h, les 3 infirmiers et leur interprète partent à Vatoroka, à pieds bien sûr, à environ 3kms 500 (informations + soins).

Rémi et moi poursuivons le chantier « charpente ». Je suis un peu fatigué et j’ai maigri de qq kilos. La pause café à 10 h, avec 1 beignet est toujours appréciée. Si parfois l’environnement est sale, la vue sur la nature à l’embouchure de la mer est magnifique. C’est notre plus belle « carte postale ».

Les derniers « pieux » et chevrons livrés permettront « l’accroche » au sol et le support du plancher.

MERCREDI 20 : nous pressentons la fin de notre mission. Nous tâchons de clore ce qui a été entrepris : soins, informations, prévention, reconstructions, réparations ; étiquetage des plantes collectées avec le guérisseur local.

Le soir nous répétons quelques chants en prévision du dernier jour. Le dîner s’est amélioré par l’achat d’un gros poisson. Nous le partagerons demain midi avec nos 12 petits pensionnaires sous-nutris.

JEUDI 21 : dernière traverse posée sur le « HILTON V », mise en place de la porte et pose des 2 marches d’escalier. Quelques élèves s’exercent au maniement du ciseau à bois et de l’égoïne. Anne-Marie fait le bilan pédagogique avec les 2 instituteurs et m’invite à participer. Ils sont invités à partager notre avant dernier repas. Pour la circonstance, le riz est accompagné de quelques crevettes en sauce.

VENDREDI 22 : dernière journée de travail. Prise de notes pour des poursuites de travaux et finitions. Arrivée de Myriam (le docteur) de Mme Geneviève et les 3 enfants (de Sylviane) privés de leur maman durant 3 semaines et curieux de découvrir le site…..

Il n’y a qu’un point d’eau : le puits à une centaine de mètres, deux « toilettes-sèches », (avant, il n’y avait pas de W.C.) ; Nous devons nourrir tout ce monde…..mais une bonne ambiance règne, la vie est la plus forte, l’optimisme est de mise, même si un « parache » a été repéré sous mon pied. Nous en rions et 2 adultes se précipitent pour m’opérer !!!

SAMEDI 22 MARS : préparatifs de retour sur Fort Dauphin

Démontages des tentes (nos chambres) et rassemblement des sacs dans l’école. A 9h, sous la conduite de Mme Geneviève (épouse de Mr Patrice) tous les enfants présents (environ 75), entament une série de chants malgaches, chaleureusement applaudis.

Et puis c’est à notre tour, tous les six, de chanter en valsant (en « tong », dans l’herbe) sous les rires débridés des élèves et autres spectateurs.

Mais quand Sylviane (traductrice) a entraîné Mr Patrice (Directeur de l’école), pour quelques pas dansés, ce fut une explosion de rires des enfants et pour nous, beaucoup d’émotion de voir ce couple « pays », s’associer à ce moment de joie partagée.

Merci à tous ces enfants d’exister autrement, en traduisant un espoir de vie meilleure, avec une santé qui s’améliore.

Merci à ces deux instituteurs qui font leur possible pour ces élèves qui ont une énorme soif d’apprendre.

Enfin et surtout, merci à Roselyne, Sylviane et Denis qui ont prélevé un bon mois de leur vie professionnelle pour réaliser ce projet « SANTÉ pour les plus démunis ».

A Sylviane, notre interprète, nous avons exprimé toute notre reconnaissance. Sa disponibilité en toutes circonstances, (achat de poissons et traductions sur tous les sujets) nous a permis d’aller plus loin à la rencontre des autres.

Nous savons aussi que le docteur Myriam poursuivra toute l’action de santé entreprise. Merci à elle.

Avec eux et avec elles ; avec Anne-Marie et avec Rémi, les valeurs auxquelles je crois (de générosité, de partage et de fraternité) n’auraient pas eu autant de sens concret, au cours de cette action humaniste.

Merci à tous.

Marc PLATRET –adhérent depuis le début en 2005 – Vice Président

Participant à la mission Lokaro. Mars 2013